Carnet de route US

New York, 13 novembre 2008, temoignage de Victor

Témoignage de Victor, alias "Masterbob" sur le forum d'H2ACDC.COM


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C’est par pure chance que j’ai croisé la route d’AC/DC a New York City. J’aurais aimé que l’on me prenne pour un Die-Hard fan, capable de traverser l’Atlantique pour apercevoir son groupe fétiche, tel un baroudeur des temps modernes… La vérité est tout autre, mon voyage étant prévu depuis belle-lurette. C’est en fait un heureux miracle si la tournée s’est organisé ainsi, me permettant de headbanguer a la fois au Madison Square Garden et a Bercy! Aux Etats-Unis, ou le Classic Rock occupe une place très importante dans la culture populaire, le retour d’AC/DC est vu d’un très bon œil. Il s’agit la véritablement de l’événement musical de cette fin d’année 2008, et on peut dire que les Australiens arrivent en super héros au moment ou l’on a le plus besoin d’eux. En pleine période de crise, alors que les foyers de la classe moyenne sont dans la tourmente et que la méthode psy + medocs devient trop onéreuse, quoi de plus thérapeutique qu’un concert de blues a 120 décibels, une antisèche a la question “Quel est le plus grand groupe de tous les temps?”.




New York est une ville de 8 millions d’habitants ou l’information circule comme dans un village. Le passage d’AC/DC dans la city, tout le monde est au courant, y va ou connait quelqu’un qui y va. Le bouche a oreille est un média qui a son importance, ici ou la passion du bon plan s’acquiert facilement. Sur le chemin du Madison Square Garden, les regards se portent sur les T-shirts aux quatre lettres magiques se pressant nerveusement vers la sortie du métro. Des regards plein de curiosité, de jalousie parfois, accompagnés de petits commentaires. “You guys are gonna have so much fun!” Un peu, ouais!

Le quartier du MSG n’est pas le plus tranquille et agréable de Manhattan. Le soir, c’est la guerre, une bataille permanente pour se frayer un chemin et ne pas se faire emporter par la marée humaine. L’énorme arène trône au milieu de l’agitation, une sorte de Colisée paisible, faisant honneur a la légende de part son gigantisme. Dans la foule, les fans d’AC/DC sont invisibles, et en plus nous sommes en retard. On n’est qu’en train de manquer la première partie, The Answer, mais bon, une soirée AC/DC, ca se respecte! On entre dans l’enceinte comme dans du beurre. Pas de queue, pas de fouille, pas de palpage de testicule. Satisfaction monstrueuse lorsque la demoiselle zippe ma carte de crédit dans la fente pour imprimer les deux tickets (aucun sous entendu sexuel dans cette phrase). Même si l’émotion est grande en entrant dans la salle, celle-ci ne m’a finalement guère impressionné.


n559797316_2087681_9269.jpgLa différence entre Bercy et le Madison Square Garden, c’est que si le premier est partiellement enterré, le second est au contraire un brin surélevé. Il nous a fallu grimper l’équivalent de deux étages avant de nous retrouver au niveau de la “fosse”. Au final, l’intérieur est un brin décevant, surtout en configuration concert. L’endroit n’est pas si grand, pas si beau. Seules les loges et la forme cylindrique des gradins nous rappellent que nous sommes au MSG. Je pense que pour un match des Knicks, l’équipe de basket locale, le résultat doit être autrement plus intéressant. Le staff des lieux est quant à lui étonnant. Personnel dont la moyenne d’âge se situe autour de 55 ans, rare sont ceux qui ont réussi à nous indiquer le chemin sans marmonner dans leur barbe un dialecte incompréhensible. Dans la salle, trois placeurs se sont succédé pour nous accompagner sur une distance de 10 mètres, et le dernier est parvenu a nous installer a un endroit qui ne correspondait pas aux places inscrites sur le ticket. Heureusement que moi, je savais exactement ou elles étaient… Toujours penser a vérifier sur le plan avant de partir, au cas ou l’on tomberait sur ce genre de type. Soit dit en passant, au moins, ils n’ont pas demandé de pourboire comme il est d’usage a Bercy… Bref.



The Answer finit son show devant une salle a moitié vide. Quelques rares spectateurs déjà bourrés (cuite qui se paye a 8 dollars la bière) se dandinent sur les riffs bluesy des Britanniques.
Le groupe s’éclipse assez vite, après 30 minutes, presque honteux devant ce combat perdu d’avance, gagner l’intérêt du public avant un concert de la bande aux Young. Lorsque les lumières se rallument, un type situé a deux places a ma gauche, la cinquantaine, m’attrape par la manche et lance hilare a sa femme: “Hey, it’s the guy from the forum!”. J’avais complètement oublié ce détail: quand j’ai acheté mes places pour le show, j’avais donné mon emplacement sur le forum de acdc.com. Deux minutes chrono plus tard, ce gars me répondait, en me disant que par un hasard étonnant j’avais les places juste a coté des siennes!

En tout cas, ce couple sent bon l’américain, dans le bon sens du terme. Très amical, bras grands ouverts. Il me dit qu’il était déjà là la veille, en gradin, et que ça avait été génial. Ajoutant d’un air complice que nos boys se réservaient un peu pour ce soir. Je lui dis que j’aimerais bien qu’ils jouent High Voltage. Il acquiesce.

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La salle se remplit enfin. Majorité d’hommes de plus de 35 ans. Les vieux kids sont néanmoins bien excités. Un écran publicitaire faisant face à la scène éclaire la salle d’une lumière blanche. A chaque fois que l’écran s’anime et illumine moins intensément les gradins, une partie du public hurle de joie, pensant que les lumières s’éteignent enfin pour faire place au show… On a eu droit a ce petit manège quatre ou cinq fois.

Enfin, le noir se fait maitre sous l’hystérie générale de la foule. L’écran géant diffuse le petit dessin-animé que tout le monde connait déjà. Et je dois avouer qu’il est très bien fait, surtout au niveau de la construction et de l’intensité grandissante qui s’en dégage, comme un train hors de contrôle qui détruit tout sur son passage!... Jusqu’à la scène! Quelle entrée en matière, c’est vraiment renversant! Ca fait très bizarre de voir AC/DC sur scène pour la première fois. Tout est assez impressionnant, et c’est surtout les symboles qui marquent: Angus en costume, Brian et sa casquette, les attitudes, façons de bouger, marcher. En essayant de garder en tète qu’il ne s’agit que du premier morceau, l’évidence est la: putain, quelle forme! Un type ayant oublié le groupe pendant 20 ans et qui les revoit pour le première fois aujourd’hui se dirait “ah ouais, quand même… ils se tortillent encore…”

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Les premières minutes du concert sont on ne peut plus classiques. Hell ain’t a bad place to be et Back in Black, c’est de l’entendu et du ré-entendu. On remarque déjà que le public américain choisit ses chansons. Réaction énorme sur le second, qui fut d’ailleurs monstrueux! Vient une inconnue: Big Jack. La vache! Je m’en doutais avant le concert, mais j’en suis désormais sur, cette chanson est taillée pour le live! Riff ravageur, longs couplets très entrainants, et quel défouloir ce refrain! Ce “BIG JACK!!!” est plus un cri, un crachat injurieux qu’un chant, avec toute la satisfaction qui en découle.
Et puis, premier grand moment Phil Ruddesque du show (accrochez-vous, il faut suivre). Apres le deuxième couplet et le refrain qui suit et avant le solo, on a le riff répété deux fois. Et entre ces deux riffs, on a un magnifique double Poum-Tchak de Phil, tout seul (2:45 sur l’album). Eh ben ce double Poum-Tchak, en live, excusez-moi, je sais que je vais choquer les ménagères de moins de 50 ans, mais ce double Poum-Tchak, oui Madame, il détruit tout. Je veux que chaque personne qui lise cette review me promette une chose: a chaque fois qu’on entendra Big Jack en live, faire un énorme quadruple Headbang poing serré sur le double Poum-Tchak du pere Rudd! Croyez-moi, la jouissance que vous ressentirez sera phénoménale.

Et parlons-en, de Phil Rudd. Jeudi soir, la verité s’en enfin révélée a moi, j’ai enfin découvert le vrai batteur d’AC/DC. Il suffisait simplement de le voir live. Ce type, c’est un mélange entre Popeye et un forgeron. C’est bien simple, pendant que les autres font les clowns, on dirait qu’il bosse, occupé à marteler le fer brulant derrière ses caisses. « M’emmerdent avec leurs conneries, marmonne-t-il, y en a qui bossent putain… » En fait, il est unique: c’est le seul batteur que je connaisse qui tabasse personnellement la gueule de chaque spectateur de l’arène a travers sa batterie. Tout en restant groovy. Et en fumant. Un génie.

Comme je le disais, le public américain choisit ses morceaux, ou plutôt de ne pas réagir a ceux qu’il ne connait pas. Apres des énormes Dirty Deeds Done Dirt Cheap et Thunderstruck (ou Angus est incroyablement a l’aise), calme plat lorsque Black Ice arrive. Plus que ca, on aurait dit un entracte, moment choisi pour aller faire le plein de cacahouètes et de bière…Bref, gros blanc pour une chanson qui mérite tout de même mieux. Même style sur Shoot to Thrill, mais la l’erreur est impardonnable. Tout le monde est a fond dedans (même le gros lard devant moi se lance dans un solo terrible de air guitar) sauf au moment du pont, ou l’on est qu’une petite dizaine a clapper des mains… La scène est absolument désolante, et je ravale une grosse boule de chagrin. Mieux vaut profiter de la fin du show et pour la foule, on en reparlera a Paris . Mais ce Shoot to Thrill, quelle erreur ca aurait été de le laisser au placard! Je m’en lasse vite en CD ou DVD, mais en concert, ça risque pas!

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En attendant, on a passé la moitie du gig, et nos gigoteurs gesticulent toujours autant. Le choc vient surtout d’Angus. Il nous gratifie très souvent de ses petits mouvements de jambe totalement désordonnes, qui me donnent l’impression qu’il va se casser la cheville ou réveiller son arthrite. Il danse, il ne court pas autant qu’avant, mais il convulsionne beaucoup. En fait, on devine ou sont passés ces quatre ans sans concert, mais on ne les voit pas vraiment. Ca fait des années et des tournées qu’on a l’impression que c’est la dernière fois, et qu’on est en train de dépasser a limite. La vérité, c’est que les regarder, c’est épuisant. Angus s’épuise tout seul en regardant les DVD de ses concerts. Alors quand ces vioques te sortent une performance pareil, peu importe ton âge, tu prends un sacré coup de vieux.

Si War Machine mérite bien sa place dans la setlist grâce a l’ambiance menaçante qu’elle dégage et son calibre de rouleau compresseur, en ce qui concerne Anything Goes, c’est moins évident. Pourquoi s’entêter à balancer cinq chansons du nouvel album, alors qu’on pourrait si bien piocher un brin ailleurs?... C’est tout de même pas demander la lune, si? M’enfin, on ne le relèvera point, pour les beaux yeux de Brian. Ah, Brian Johnson. Content qu’il soit la, lui, le responsable en communication du groupe en live. Pas besoin de le préciser je pense, tout le monde le sait déjà. Putain de forme, putain de voix, putain de frontman. En voila un qui a l’air content d’être la. J’essayais de m’imaginer comment serait AC/DC aujourd’hui si au lieu d’avoir choisi Jonna, ils avaient pris un chanteur sans aucun charisme, s’occupant juste de faire son taf en faisant la gueule deux heures chaque soir. Le capital sympathie du groupe serait bien plus bas, parce que c’est pas les autres qui rattraperaient le coup. Cliff Willams ferait figure du boute-en-train, le fou-fou de la scène, le mec qui sourit presque!

Tout ca, on s’en doutait, et ce ne sont pas ces petites exactitudes qui vont me gâcher le plaisir. Même la durée du show ne me fait pas si mal, idée a laquelle, grâce a internet, on a pu se faire avant le constat de visu. En effet, c’est déjà l’heure des classiques.La foule se réveille d’un coup pour You Shook Me All Night Long, hymne eternel au pays du hamburger. Je ne comprends pas pourquoi certains fans rejettent cette chanson en la qualifiant de “grand public”. Elle est peut-être facilement abordable, mais ca n’est surement pas parce qu’elle est “trop sucrée”. Et puis, depuis quand AC/DC est-il un groupe underground? Le superbe dans cette chanson, c’est la façon dont la voix coule, glisse, la manière avec laquelle elle s’arrête en pleine phrase et reprend le vers suivant.
La qualité sonore et la combinaison des mots est magnifique, rarement les boys ont fait preuve d’une si belle inspiration lyrique. This song rocks, dude. Je serais curieux de voir les petits mecontents bouder pendant You Shook Me All Night Long … Je vous le dis tout de suite: en pratique, c’est impossible. On a beau ne pas cautionner la passion du hit a l’américaine, il faut bien avouer que ces bouffeurs d’onion rings savent reconnaitre un tube. Et merde, sans s’en apercevoir, on ressort toute la panoplie du headbangueur de base, cornes du diable comprises… A revivre en février.

Inexorablement, on sent la fin approcher, et toujours pas de High Voltage en vue. J’espérais sincèrement un Girls Got Rhythm, ayant lu dans le Rolling Stone américain qu’ils l’avaient répété avant le premier concert du 26 octobre a Wilkes Barre, mais il semble que nous aurons droit à la même setlist que presque tout le monde.
Voila un autre fait que je déplore dans ce début de tournée, et qui devient probablement récurrent: la sensation d’avoir assisté a la copie carbone du concert précédent. Pas de chanson bonus, pas de petite folie, d’égorgement de poulet ou d’arrachage de tète de chauve-souris avec les dents… J’exagère un peu, mais en tout cas, mieux vaut ne pas regarder d’extraits sur youtube avant d’assister a un de leur show, car cela risque d’être exactement la même chose. Une petite lueur d’espoir quand je me dis que le public n’obtient que le concert qu’il mérite… Jeudi soir, j’ai compris pourquoi AC/DC commence ses tournées mondiales aux USA : ils ne méritent pas mieux que le rodage! Les Australiens sont bien moins populaires chez les plus jeunes qu’en Europe, et ca se sent un peu trop…

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Mais il n’y a pas d’âge pour se faire défoncer la tronche par Let There Be Rock. Constat rassurant. C’est l’épreuve de force pour nos vieillards, et ils s’en sortent merveilleusement bien. Trop bien même, c’est presque irréel. Les trois gars du fond mènent la danse. Si je n’ai pour le moment rien dit sur Malcolm et Cliff, c’est que je n’arrivais pas très bien à les voir de là ou j’étais. Mais ils m’ont paru très sérieux et solides. Ils emballent toujours parfaitement bien la machine, qui devient rapidement inarretable. Le silence se fait lorsque Angus va se poser sur son perchoir pour nous proposer sa ritournelle guitaristique. Alors que l’écran géant zoome sur les petits doigts de lutins galopant partout sur sa SG, je suis abasourdi devant sa précision, sa vitesse et sa dextérité. Cinquante-cinq ans le gus quand même. Ah ouais… La salle est bouche bée. On a beau avoir vu ce même moment 200 fois en vidéo, il est difficile de rester de marbre devant l’exercice, qui est toujours aussi fascinant.

Et puis c’est l’heure du rappel qui n’en est pas un. On s’éclate de bon coeur pendant Highway to Hell, et on salut les vainqueurs sur For Those about to rock (timides, les canons). L’ovation est la, sans la conviction qu’en gueulant un peu plus et plus longtemps, on pourrait peut-être les faire revenir pour qu’ils jouent ce putain de High Voltage! Oublions, j’ai envie d’un burger.

Sur le chemin de la sortie, les sourires sont sur tous les visages. Tout le monde sait que l’on vient d’assister a un grand moment de Rock N’Roll. Trop court peut-être, mais si intense. Trop de professionnalisme, dans le mauvais sens du terme, mais un putain de show. Le problème, c’est qu’à chaque détail qu’on aurait à leur reprocher, on se souvient du plaisir qu’on a malgré tout pris derrière. Je dois cependant avouer que si je ne les revoyais pas à Bercy en février, aujourd’hui, je serais sacrément frustré. La sensation de ne pas en avoir profité a fond a cause d’un public trop timide, trop pépère.

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Nos Ricains ne se sont pas assez lâches, mais la satisfaction est bel et bien la. Ca chante et tape sur les murs dans les couloirs du Madison Square Garden, et on se précipite sur le merchandising

Sentiment mitigé au moment de tirer mes conclusions. L’impression d’avoir assisté a un concert génial, mais pas légendaire. Un avant-gout… Se dire que oui, mais que bon. Il en manque juste un peu pour rassasier tous les fans. Mais on est sur le chemin, et peut-être que ce qu’il manque, c’est tout simplement deux ou trois chansons et une fosse digne de ce nom !

En tant qu’éclaireur pour Highwaytoacdc.com, je vous expose ce que j’ai vu: oui, la machine est en marche !
Et l’apothéose est prévue pour 2009.

Victor

Set list...

  • Rock n Roll Train
  • Hell Ain't a Bad Place to Be
  • Back in Black
  • Big Jack
  • Dirty Deeds Done Cheap
  • Thunderstruck
  • Black Ice
  • The Jack
  • Hells Bells
  • Shoot to Thrill
  • War Machine
  • Anything Goes
  • You Shook Me All Night Long
  • T.N.T.
  • Whole Lotta Rosie
  • Let There Be Rock
  • Highway to Hell
  • For Those About to Rock (We Salute You)


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