Carnet de route US

New York, 12 novembre 2008, temoignage de Clement

Témoignage de Clément, alias "Bon&Brian" sur le forum d'H2ACDC.COM



Nous sommes le mardi 11 novembre 2008, je viens d’arriver à JFK Airport. Cette phrase a beau paraitre anodine, elle ne l’est pas pour moi. Si j’ai la chance, voire le privilège d’être dans la “Big Apple” aujourd’hui, c’est grâce à un petit coup de pouce du destin. L’histoire est la suivante : le 20 septembre, Ticketmaster (site américain de vente de billets de concert en ligne, l’équivalent de notre Ticketnet) démarre la mise en vente des billets pour la tournee US et Canadienne des boys. Je décide de me lancer. Il est 15h59 à Paris et dans une minute je vais devoir faire preuve de rapidité. Apres huit ans d’absence pour un tel groupe, il parait presque évident que les places se vendront comme des petits pains.

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16h02, j’ai réussi, me voici en possession (virtuelle) d’une place pour le Madison Square Garden, autoproclamée « The World's Most Famous Arena ». Un sentiment étrange m’envahit, j’ai du mal à réaliser ce qui se passe. Assister à un concert des boys à New York faisait jusque là partie du domaine du rêve, ou plutôt du “avec les études, le boulot, le prix que ca coute, mieux vaut ne pas se faire d’illusions”...
C’est une dizaine de jours plus tard que j’entreprends l’achat d’un billet d’avion. Ne connaissant pas à l’avance mon emploi du temps pour la semaine du 10 Novembre, je coche la case “assurance annulation” qui me permettra d’être remboursé en cas de triste désillusion… Je choisis de ne pas parler de ce projet pour le moment, préférant être dans la certitude de partir ou non. C’est donc une semaine avant le concert que je concrétise enfin mon projet : le soir du 12 Novembre, je serai au MSG pour assister à ce qui sera mon 5eme concert d’AC/DC.

Il me faut alors trouver un logement. Se loger à New York coute cher, très cher. J’avais entendu parler quelques mois plus tôt du « Couch Surfing », un système permettant de mettre en relation les gens par le biais de l’hébergement. Une sorte d’échange culturel permettant de créer des relations à l’échelle planétaire, l’esprit ouvert.
C’est ainsi que je me retrouve au beau milieu d’Harlem ce 11 Novembre 2008, dans un appartement habité par 5 personnes de New York, d’Europe et d’ailleurs. Harlem est le quartier “noir” populaire de New York, situé au Nord de Central Park. Réputé dangereux, je ne me suis pourtant pas senti menacé! C’est un quartier que j’apprécie beaucoup, l’ambiance y est unique. Etre ici est sans doute la plus belle des manières qui soit pour découvrir la vie New Yorkaise. Je ne suis pas uniquement limité aux sites touristiques, et les gens avec qui je cohabite sont d’un accueil et d’une gentillesse rares.

Les choses sérieuses peuvent maintenant commencer. Une fois arrivé à New York, je décide de me diriger directement vers le Madison Square Garden afin d’y retirer ma place et d’être rassuré sur le système « Will Call » avec lequel j’avais réservé. Me voila ainsi avec le précieux trophée entre les mains. Il m’a bien fallu plusieurs minutes de contemplation au milieu de ce grand hall d’entrée pour réaliser qu’il était sûr a 100% que le lendemain, j’irai applaudir les boys.

12 Novembre 2008 Apres une bonne nuit de sommeil, je décide de partir sur Downtown rejoindre MasterBob dans le quartier financier de New York. Le décalage horaire est maintenant loin derrière moi. Nous nous retrouvons à Fulton Street afin d’aller déguster un burger à l’américaine et évidemment discuter de choses les plus essentielles : les boys, Black Ice, le concert, le forum. Une belle rencontre pour ma part. L’endroit dans lequel nous déjeunions se trouvait proche de Ground Zero. C’est un lieu qui me tenait vraiment à cœur de voir. J’étais venu à New York une première fois en Juillet 2001 et j’avais eu la chance de visiter ce qui était alors le World Trade Center. A présent, Ground Zero est un chantier immense sur lequel aucun réel projet n’est encore construit. Des centaines d’ouvriers y travaillent tous les jours et cela prendra évidemment encore quelques années avant de voir apparaître une nouvelle tour. Nous continuons notre route vers Wall Street puis le pont de Brooklyn sur lequel on peut apprécier une vue de Downtown.

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Apres avoir raccompagné mon collègue, je décide de m’orienter vers Time Square, un lieu un peu magique, sur lequel je me prends à guetter la moindre promo pour le groupe parmi les nombreuses affiches lumineuses. J’y découvre un écran géant entouré de deux grosses affiches « Black Ice » et « Live at Donington ». On y aperçoit des extraits de « Rock’N Roll Train » ainsi qu’une pub pour la version « Live At Donington » du jeu « Rock Band ». La pression monte alors d’un cran. Le groupe a une dimension totalement différente dans cette ville, le concert de ce soir y apparait déjà comme un événement. Le MTV Store de Broadway est d’ailleurs entièrement consacré à AC/DC, et la vente de multiples t-shirts et accessoires y bat son plein.

CIMG3592.JPGTime Square se situe à une douzaine de blocks du Madison Square Garden. J’ai du temps devant moi et le fait que les toutes les places soient numérotées me permet de flâner encore un peu. J’arrive au niveau de l’arène aux alentours de 18h. Il n’y a pas vraiment foule, quelques t-shirts AC/DC font quand même leur apparition. A l’intérieur, le merchandising commence à faire le plein : deux gros stands de vente de vêtements en tout genre à l’effigie du groupe, et bien sûr, le Tour Book. Ce sera d’ailleurs mon unique achat. Une belle pièce, la plupart des photos sont déjà connues mais l’objet reste « collector » et à posséder sans hésitation ! Les fans arrivent petit à petit et de manière assez discrète. Devant l’entrée principale côté 7ème avenue, certains se prennent en photo et commencent à immortaliser le moment. Je me prends aussi au jeu, ayant en prime droit à deux charmantes compagnies sur la photo souvenir. On discute à droite à gauche, il est facile de faire des connexions dans ce genre d’événements. L’entrée du MSG se divise en deux parties et il est donc assez simple de s’y retrouver. Les portes ouvrent à 19h et toujours pas de mouvement de foule. Les gens prennent leur temps, l’atmosphère est à la rigolade, on a envie de savourer ce moment, d’en profiter pleinement et de ne surtout pas se presser. Le public est assez varié et nombreux sont ceux qui sont venus ce soir en famille. Toutes les tranches d’âges sont présentes. Pour rejoindre la salle, il faut grimper quelques escalators donnant sur l’extérieur grâce à de grandes baies vitrées. On y apprécie la vue sur la 7ème avenue.

Le Madison Square Garden est la salle dans laquelle jouent entre autres les Knicks de New York. De forme très arrondie, contrairement à Bercy qui s’étend plus dans la longueur, elle peut accueillir jusqu’à 20 000 spectateurs pour les concerts et la vue y est quasi idéale de n’importe quel endroit.

The Answer, groupe de hard rock originaire d’Irlande du Nord, entre en scène à 20h pétantes. Je ne m'attarderai pas trop sur ce groupe au son assez "compressé" et uniforme, très brut et dont les compositions m'ont semblées un peu brouillonnes. Séparément, les musiciens sont plutôt bons. Le chanteur a d’ailleurs des allures de Robert Plant. Le groupe nous gratifiera d'une setlist courte (5 ou 6 titres) puis s'en ira sans avoir réellement enflammé qui que ce soit. J'ajouterai que nous étions nombreux à aller faire un tour à la buvette pendant leur set !

Les « roadies » font leur apparition sur scène et commencent à préparer le terrain pour AC/DC. Ils ont une vingtaine de minutes pour faire les derniers accordages ainsi qu’une brève balance. La pression est cette fois à son plus haut niveau. La lumière va s’éteindre d’une seconde à l’autre mais certains continuent leurs allées et venues entre la salle et la buvette. J’ai d’ailleurs du mal à le comprendre, moi qui pour rien au monde n’aurait manqué la première seconde de ce show si particulier…

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21h. Nous y sommes. Le Garden est plongé brusquement dans le noir et la vidéo d’introduction apparait sur les écrans géants. Impressionnant. Le son est fort et le moment intense. Un sentiment de trac m’envahit mêlé à une immense joie. Le groupe sera-t-il à la hauteur de ce que j’espère ? Probablement. Je me rends alors compte que les questions que tout le monde se posaient préalablement sur le contenu de la setlist, la variation du show d’une date à l’autre, n’ont plus vraiment d’importance. Je veux voir les boys en forme ce soir, et c’est bien là tout ce qui compte. La vidéo se termine et j’aperçois Angus débarquer dans le noir, costume d’écolier pourpre, casquette vissée, entamer le riff de Rock ‘N Roll Train et allumer d’un coup de médiator la scène tout entière. Ce titre sonne déjà comme un hymne, le public le connait et reprend comme un seul homme le refrain. Brian, santiags aux pieds, chante juste. Le son des guitares est fort et très en avant et la voix de Brian très cristalline. Le bonhomme parait toujours aussi heureux d’être sur scène.

Arrive alors Hell Ain’t A Bad Place To Be, morceau que j’affectionne particulièrement et qui au fond est un classique du groupe, tant il est présent sur les setlists des différentes tournées. Il est suivi par Back in Black qui ravira le public américain appréciant plus que tout cet album et le démontrant d’une belle manière sur la chanson titre.

CIMG3822.JPG« We’ve got a new song for you », annonce Brian. Big Jack, un des morceaux phares du nouvel album, est idéalement construit pour la scène avec un riff endiablé et un refrain que tout le monde reprendra le poing levé. Malcolm laboure sa Gretsch ! Le public me semble plutôt bon malgré les critiques que j’avais lues à droite à gauche. Je maintiens le fait que les sièges placés dans la fosse contribuent à cette impression d’immobilité que beaucoup ont eu. Big Jack met donc définitivement le feu dans l’arène. C’est propre, carré et le groupe monte en puissance au fur et à mesure des morceaux.
Angus possède un feeling et une précision incroyables. Son jeu est jusque là très fluide et sans défaut.
Le groupe enchaine alors avec Dirty Deeds Done Dirt Cheap et Thunderstruck. Brian en profite pour arpenter le devant de la scène et venir serrer quelques mains. Lors de la dernière tournée, Thunderstruck était un titre sur lequel il avait tendance à s’essouffler. Il est en désormais autrement. Sa façon de chanter a évolué, il force beaucoup moins et ce titre a pu retrouver de sa fraicheur. Angus opère alors un solo tout en duckwalk sur la partie vitrée de la scène permettant à une caméra de le poursuivre par en-dessous ! Seul Phil parait s’ennuyer. Clope au bec, il assure tout de même un tempo d’enfer, comme à son habitude.

L’album Black Ice est très mis en avant sur ce début de tournée et le titre éponyme qui suit est tout simplement dévastateur. Le riff que nous pond Angus montre à nouveau la puissance que ce groupe peut encore produire. Solo énorme.

Tout s’enchaine vite, très vite. Le groupe déroule son set avec assurance telle une machine de guerre. On a affaire ce soir à un AC/DC parfaitement rôdé et le public en redemande. Les pauses entre chaque morceau ne sont pas accompagnées d’un noir total mais d’une lumière bleue tamisée ce qui permet au spectateur de garder un œil sur le groupe.

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« It’s a song about a dirty woman ». Une phrase qui a évidemment un air de déjà vu dans la bouche de Brian. The Jack est un classique. Les caméras présentes braquent alors leurs objectifs sur quelques demoiselles lors des refrains qui le prennent avec humour. Et quel bonheur de chanter à nouveau « She’s Got The Jack » avec le groupe. Les choses les plus simples sont finalement les meilleures… Angus nous gratifiera sur ce titre de son habituel strip-tease. Les mimiques sont toujours les mêmes, on connait tous le spectacle par cœur, mais on ne voudrait surtout pas s’en passer. The Jack se prête relativement bien à l’exercice comme en 2003 lors de la tournée Hard As A Stone. Pour ma part, j’ai toujours trouvé Bad Boy Boogie plus approprié par son tempo et le jeu de guitare de Malcolm. Le strip se terminera sur un caleçon flocké AC/DC.

Hells Bells et Shoot To Thrill débutent la deuxième partie du show. L’album Back In Black est une fois de plus mis à l’honneur. Brian fait descendre la coche, et à ma grande surprise agrippe une fois de plus la corde ! Avec l’âge et quelques déboires lors du Stiff Upper Lip Tour, je ne pensai pas le revoir faire ça un jour. Le public américain est en liesse et démontre à nouveau l’amour qu’il porte à cet album. Les deux front men ont l’air de s’éclater comme des gamins lors du break sur Shoot To Thrill, chacun d’un coté de la scène se rejoignant vers le centre sur grimaces, rires et petits pas rythmés. Angus ne me paraît pas statique et se permet un nouveau solo tout en duckwalk. Du grand art !

S’en suivent War Machine et Anything Goes, extraits de Black Ice. Une chose est sure, cet album fonctionne très bien sur scène, mais dans le public, la ferveur retombe légèrement, Black Ice n’étant surement pas encore apprivoisé par toutes les oreilles. Anything Goes file tout de même un léger coup de mou et a l’air de faire office de break dans le set. On ne se plaindra tout de même pas, entendre 5 titres du nouvel album joués lors d’un concert n’était plus courant chez les boys. Cliff et Malcolm nous sortent des voix d’outre tombe sur les chœurs de War Machine qui est lui aussi un titre destiné à la scène.

AC/DC va désormais enchainer une série de classiques et ce, jusqu’à la fin. L’intensité va alors être à son comble dès les premières notes de You Shook Me All Night Long. Imaginez près de 20 000 personnes reprenant en chœur les paroles dans leur intégralité. Un sacré frisson !

TNT arrive alors à point. Le public comme le Train prennent feu et Angus hurle dans son micro « taille basse ». C’est plus ou moins à ce moment que je fais le constat suivant : Angus n’a alors pas encore parcouru une seule fois la partie de la scène séparant la fosse en deux. Seul Brian s’est permis plusieurs allers retour afin de saluer les fans.

Un des moments inoubliables restera Whole Lotta Rosie. La section rythmique est impressionnante et le morceau est joué à un train d’enfer. Brian court de droite à gauche, prend réellement du plaisir. Mais surtout…Rosie…La poupée grasse, surfaite, se gonfle progressivement pour occuper toute la surface derrière les fûts de Phil. Les gens éclatent de rire lorsque celle-ci se met à taper du pied et à se caresser (en rythme !) le haut de la cuisse (je me comprends).

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J’y crois à peine…On est déjà tout proche de la fin et j’ai encore cette impression que le groupe vient tout juste d’entrée sur scène. Ce n’est finalement pas qu’une impression. Les boys ont déroulé à vive allure leur show et arrive maintenant Let There Be Rock. Des dizaines d’images défilent, la plupart sont des pochettes d’albums, sur l’écran géant au dessus de Phil. C’est le moment pour Angus de venir chatouiller le public d’un peu plus près lors d’un solo maîtrisé à la perfection. Enfin, il se met vraiment en avant et avance doucement mais surement vers la désormais classique plateforme hydraulique qui le soulèvera au milieu de la foule totalement dédiée à sa cause. Et le voilà qui en remet une couche, se jetant par terre puis se relevant tout en jouant et mimant de donner des coups avec sa guitare. Tous les poings sont levés et le « guitar hero » repart alors vers la scène, saluant son public, pour nous offrir son traditionnel solo une fois de plus tout en finesse et sans un pain. Ce sera le dernier morceau avant le rappel.



Highway To Hell, morceau à la fois mythique et souvent trop entendu est joué sans fioriture et sans surprise, Angus cornes au front, guitare entre les jambes de Brian. Arrive For Those About To Rock et les mythiques canons, au nombre de six. Je jette un œil à mon portable. A peine une heure et demie qu’AC/DC a débuté son spectacle. C’est peu, trop peu, la prestation est plus qu’admirable et il serait presque malpoli de s’arrêter si tôt ! C’est pourtant le cas. Les coups de canons tous tirés, le groupe fuit vers le dehors de la scène. Brian sera le seul à prendre deux voire trois secondes pour adresser un geste au public.

Le groupe m’a fait une très forte impression ce soir et mes sentiments se mélangent. Je suis à la fois ravi au plus au point de voir qu’ils sont toujours aussi vivants et performants sur scène, mais aussi légèrement frustré par la durée du show. L’Europe me donnera peut-être plus de satisfaction à ce niveau là ! Rendez-vous à Bercy donc, et pourquoi pas ailleurs encore tiens…

Clément

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Set list...

  • Rock n Roll Train
  • Hell Ain't a Bad Place to Be
  • Back in Black
  • Big Jack
  • Dirty Deeds Done Cheap
  • Thunderstruck
  • Black Ice
  • The Jack
  • Hells Bells
  • Shoot to Thrill
  • War Machine
  • Anything Goes
  • You Shook Me All Night Long
  • T.N.T.
  • Whole Lotta Rosie
  • Let There Be Rock
  • Highway to Hell
  • For Those About to Rock (We Salute You)


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