BLACK ICE - LE DOSSIER : La première écoute par H2acdc.com

Il y a certaines invitations qui ne se refusent pas. Surtout lorsqu’elles émanent, de près ou de (pas trop) loin, d’AC/DC.

Lundi 1er septembre, Columbia Records nous convie à l’écoute de l’album Black Ice pour le jeudi qui suit. Trois petits jours pour nous organiser afin de partir à la découverte de ce que les rares privilégiés ayant pré-écouté des extraits, nous décrivent déjà comme un « Nectar» du rock.

Jeudi 4 septembre, 12h15. Nous voici devant l’immense bâtisse en verre de la maison de disque à deux pas de Paris. L’attente touche à sa fin et la tension mêlée d’excitation est palpable parmi les représentants des médias qui patientent devant la porte. On reconnaît Phil Lageat, rédacteur en Chef de Rock Hard qui est là, également…ou plutôt évidemment ! L’homme grille presque nerveusement une dernière clope, juste le temps d’échanger avec nous quelques impressions sur les évènements à venir. La première écoute d’un album d’AC/DC semble intimider même les plus endurcis. Il y a des minutes qui durent des heures.

On nous appelle pour entrer et le groupe se déplace vers l’auditorium, sans se faire prier. Nous découvrons une immense et profonde salle, bordée de canapés et de fauteuils cossus. Un buffet copieux est à notre disposition, le tout dans un décor très seventies et coloré ! Nous sommes gâtés, nous n’en demandions pas tant !

Trois écoutes successives entrecoupées d’un break d’un quart d’heure sont prévues cet après-midi. La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons rester et les enchaîner toutes, afin de nous familiariser avec l’album car il est dur, voire impossible, de se faire un avis tranché sur une seule écoute. Les responsables de Columbia sont là, répondant avec gentillesse à toutes nos questions et sollicitations.

« Alors comme ça, ils sont arrivés avec un CD et ils l’ont mis dans le lecteur pour vous faire entendre le nouvel album ? »

Non, non, l’enregistrement lui-même est protégé dans un ordinateur, propriété d’un impressionnant colosse écossais. Cet homme là parcourt le monde entier depuis plusieurs mois déjà avec le précieux objet sur lui, pour diverses écoutes confidentielles dans toutes les grandes capitales. Il est aussi le responsable de tout ce qui touche de près ou de loin à la sortie mondiale de l'album. Rien que ça !
Le temps de quelques réglages sur le materiel HiFi haut de gamme, et l’écoute peut enfin débuter, tous calés au chaud dans nos fauteuils douillets, nous sommes prêts à affronter ce fameux « Black Ice ».

L’impression générale qui se dégage de l'album qui est à la fois excessivement positive et surprenante. L’album ne se résume pas à l’ambiance du single et mêle une richesse, une diversité et une densité qui ne laisseront personne indifférent. La voix de Brian est d'une profondeur jusqu'alors inexplorée; la basse et la batterie se complètent et sonnent jusqu'à rendre vibrant tous les c(h)oeurs; et les guitares des frères Young réservent bien des surprises...

Huit ans d’absence, d’attente et d’espérances avant d’entendre sonner et résonner les premiers accords de Rock’n’roll train. Beaucoup de choses ont déjà été dites ou écrites sur ce single ; retenons l’essentiel : AC/DC est bien vivant, et je me replonge avec délice dans ce son unique et reconnaissable entre tous. Et déjà, une première surprise : au milieu des riffs toujours mordants et entraînants, la voix de Brian Johnson est admirablement posée et mixée. Puis, c’est le tour de Skies on fire : la batterie est puissante et le tempo est lent. Un impressionnant mélange se fait entre la voix et les instruments. Puis, l’atmosphère commence imperceptiblement à changer avec Big Jack : les guitares, la batterie et la voix entrent en scène immédiatement et mettent en place une mélodie à la fois classique, scintillante et très rock’n’roll. Le son des guitares donne l’impression d’enfler tout au long du morceau aux tonalités très joyeuses. Le solo est limpide et raconte sa propre histoire ; histoire qui s’achève ici comme souvent par un coup de batterie. L’erreur serait pourtant de croire que les choses vont continuer ainsi : les frères Young sont inspirés et ont décidé de nous le faire savoir.

L’ouverture d’Anything goes est prodigieuse et réjouissante. Tous les ingrédients sont là pour faire un hit. Les riffs et le rythme tournent de façon implacable et donnent l’impression de chevaucher un cheval au galop. Après un solo très mélodieux, le silence se fait pour laisser place à un break aux teintes écossaises qui nous renvoient directement aux cornemuses de It’s a long way to the top. A peine le temps de se laisser aller à un sentiment d’admiration et d’heureuse nostalgie que la basse et la batterie de War machine me colle à mon siège. Le son des guitares est tour à tour étouffé puis comme aboyé. La voix et les chœurs prennent une teinte et une amplitude insoupçonnées. A nouveau, le silence s’installe au sein même du morceau ; la voix de Brian réapparaît avec des couleurs inconnues sorties d’outre-tombe ; puis les instruments reviennent et délivrent un rythme d’une puissance et d’une évidence incroyable qui laissent imaginer et espérer la dimension hors norme que prendrait un tel morceau de bravoure en live. Et la profonde joie que j’éprouve à l’écoute de War machine est d’autant plus grande que je n’espérais plus cela possible ; ici tout se mêle : l’incroyable son, le plaisir de la nouveauté, la force du morceau et l’immense soulagement et bonheur de constater que l’attente n’aura pas été vaine. Pourtant nous n’en sommes qu’au cinquième morceau… Il convient alors de constater que les frères Young nous font un cadeau inespéré en délivrant un album de quinze titres, alors que pour mémoire Let there be rock en contenait huit et High Voltage seulement neuf.

Smash N Grab, Spoiling for a fight, Wheels, défilent et nous laissent à la fois réjouis et en territoire plus connus par rapport à ce que nous pensions entendre et attendre de la part du groupe. Ces morceaux apparaissent pourtant comme plus rythmés et les refrains plus fédérateurs que ceux de Stiff Upper Lip. La voix et la batterie sont mixées bien plus en avant qu’auparavant.

Decibel, Stormy may day, She likes rock’n’roll et Rock’n’roll dream dévoilent des facettes que nous n’avions vu jamais encore vu briller avec une telle intensité chez AC/DC. Ici, nous entrons dans une zone d’une densité et d’une richesse qui rappellent et manifestent à quel point AC/DC est et fait l’histoire du rock. Alors que les Beatles ou Led Zeppelin se sont tus, nous avons la chance de pouvoir écouter des légendes bien vivantes et en pleine activité. Il faut profiter du son des solos de Decibel qui retrouve la grâce de certaines guitares entendues à Woodstock. Il faut savourer la longue introduction de Stormy may day, ou Angus, en Elmore James des temps modernes, tranforme sa SG en slide guitar. Et cette voix, cette voix tour à tour puissante et pour la première fois plaintive qui inlassablement répète « May day, stormy may day » m’habite longtemps, bien longtemps après la fin du morceau. Enfin, Il faut prévenir les Red Hot Chili Peppers que She likes rock’n’roll, où la basse de Cliff Williams est omniprésente, les poussera à essayer de faire mieux encore. Et puis que dire de Rock’n’roll dream ? Il est d’ores et déjà évident que ce morceau va faire couler beaucoup d’encre. Pour vous en donner une idée ou un aperçu, imaginez, comme dans un songe, qu’en écoutant Ride on, Night prowler, Jumping Jack Flash et Angie, AC/DC et les Stones se soient vus en cachette pour parler du morceau de leur rêve en se donnant pour consigne que le premier qui le trouverait l’appellerait évidemment Rock’n’roll dream. Et le rêve devient justement réalité à l’écoute de ces notes qui, s’échappant de la guitare d’Angus, dévoilent une sensibilité intime et une sensualité nouvelle qui me laissent à la fois comblé et reconnaissant.

Money Made, Rocking all the way et Black ice sont des boogies ou des rocks puissants réservant eux aussi quelques surprises, et quelques réminiscences, où la voix de Brian délivre une puissance incroyable s’apparentant presque parfois à une percussion. Et quand le titre éponyme prend fin, il nous laisse heureux et sans voix avec l’irrésistible envie de tout réécouter depuis le début.

Black Ice est donc un album d’une densité et d’une richesse impressionnante et rare. La plupart des morceaux contiennent en eux-mêmes plusieurs autres morceaux. La production est admirablement soignée. Force est de constater, alors que cela semblait à beaucoup impossible ou impensable, qu’AC/DC prend une nouvelle et plus grande dimension encore. La légende continue… Il ne reste plus qu’à croiser sa route.

 

Trois heures plus tard, après deux écoutes successives, la largeur de nos sourires béats en dit long sur nos sentiments. Il est temps de quitter à regrets les locaux pour attraper nos trains et avions respectifs, non sans avoir auparavant remercié Delphine, Christophe de leur accueil chaleureux et notre nouvel ami écossais de leur invitation !

Non vraiment, il y a certaines invitations qui ne se refusent pas !